Accueil CCFr > EADCRivages de la Fecht. Etat et toisé des ouvrages faits sur la rive droite du torrent de la Fecht à l'effet de réparer la brêche de la digue à environ 100 toises au-dessus de la papeterie de Türckheimconformément aux ordres de Mgr l'Intendant.
Notice
Rivages de la Fecht. Etat et toisé des ouvrages faits sur la rive droite du torrent de la Fecht à l'effet de réparer la brêche de la digue à environ 100 toises au-dessus de la papeterie de Türckheimconformément aux ordres de Mgr l'Intendant.
Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques de France. Départements — Tome LVI. Colmar. Troisième partie.
Cote
661-1127
Titre
Manuscrits de la bibliothèque municipale de Colmar, troisième partie
Conditions d'accès
L'accès aux collections patrimoniales est soumis à une autorisation préalable.
Conditions d'utilisation
Toute publication de documents inédits doit être notifiée à l'établissement.
Citer sous la forme
Bibliothèque municipale de Colmar, Ms. X, fol. Y.
Informations sur l'instrument de recherche
Les fonds primitifs de la bibliothèque de Colmar proviennent essentiellement des maisons religieuses et seigneuriales de l'ancienne Alsace supérieure dont la Constituante avait édicté la fermeture.
De précieux manuscrits, des incunables sortis des officines les plus réputées, des ouvrages du XVIe siècle dont la variété et la richesse étonnent toujours les spécialistes, ont dès lors convergé vers le chef-lieu du département du Haut-Rhin nouvellement créé, pour former la bibliothèque nationale qui bientôt sera mise à la disposition de la ville.
Au cours du XIXe siècle, la bibliothèque s'est agrandie au rythme des concessions de l'État et des dotations de l'Assemblée communale. Elle a bénéficié d'une série de legs exceptionnels, grâce aux libéralités de bibliophiles réputés, dont Ignace Chauffour, avocat, homme politique (1808-1879) et Henry Wilhelm, magistrat (1821-1899).
Des collections d'Ancien Régime, tout n'est certes pas intact. Témoins échappés aux guerres, aux révolutions, à l'usure des temps, et parfois à la maladresse ignorante des hommes, beaucoup nous sont parvenues disloquées ou défigurées.
Nous possédons un nombre considérable d'impressions anciennes qui présentent dans les contre-plats de leurs reliures des feuilles de parchemin provenant de manuscrits de tous les siècles. Ce serait un travail sans doute fructueux, et une contribution éminemment précieuse à notre connaissance de la civilisation du moyen âge que de relever et d'analyser systématiquement toutes les gardes des reliures anciennes.
Comment cependant ne pas rester confondu des richesses culturelles accumulées au cours des siècles et parvenues jusqu'à nous ?
Des moines pérégrins de haute époque aux humanistes de la Renaissance, de ceux-ci aux savants juristes du Conseil souverain d'Alsace et aux tenants des cercles littéraires du XVIIIe siècle, l'Alsace a joué un rôle capital de foyer culturel et de carrefour.
Nous en trouvons peut-être la manifestation la plus éclatante et le symbole même au tournant du XVe siècle, dans cette maison des Ribeaupierre, hommes de guerre certes, mais aussi humanistes, qui ramassent dans leur château plus de 2 500 volumes, manuscrits et imprimés.
Les livres des comtes de Ribeaupierre, conservés presque intégralement dans nos fonds anciens surprennent toujours par le choix de l'édition, la fraîcheur du volume, son habillement. On les reconnaît à la signature des nobles bibliophiles, ou à leur ex-libris, sans doute l'un des premiers de l'Alsace.
Nos fonds cependant ont des racines infiniment plus vénérables encore et plus précieuses.
Les manuscrits les plus anciens proviennent des maisons religieuses, abbayes bénédictines de Murbach et de Munster, abbayes cisterciennes de Lucelle et de Pairis, celle des chanoines réguliers de Saint-Augustin de Marbach. Ce sont ensuite la préceptorerie des Antonins d'Issenheim, les couvents des Dominicains de Colmar et de Guebwiller, le monastère des Dominicaines d'Unterlinden qui fut, au XIVe et au XVe siècle, un des hauts-lieux de la mystique rhénane.
A ces collections, il convient d'ajouter les épaves d'autres librairies monastiques, celles des Cluniciens, des Franciscains, des Capucins, des Jésuites, des Ermites de Saint-Augustin, des Chevaliers de Saint-Jean...
***
L'abbaye de Murbach a été très tôt le ferment d'un réveil intellectuel dans la vallée du Rhin. Elle est issue d'une colonie de moines, ermites ou missionnaires, que Pirmin, l'abbé chassé de la Reichenau, avait rassemblé in vivario peregrinorum in heremi vasta quae Vosagus appelatur, à la demande d'Eberhard, petit-fils d'Adalric, duc d'Alsace. Le fait se place vers l'an 726. Deux années plus tard, le 12 mai 728, l'évêque de Strasbourg, Wideguerne, accorde aux religieux le droit d'élire librement leur abbé ; le 12 juillet de la même année, Thierry IV lui octroie l'immunité. Charlemagne se dira pastor Murbacensis et y placera Agilmar comme prévôt. Dès lors, l'abbaye de Murbach connaîtra un rayonnement spirituel, économique et politique d'une intensité telle que durant cinq siècles les plus sombres moments de l'histoire ne purent l'altérer. Au XIIe siècle, ses bâtisseurs ont érigé une abbatiale qui demeure, en dépit de ses mutilations, l'un des monuments les plus impressionnants de l'Alsace romane ( A. Gatrio, Die Abtei Murbach im Elsass, Strassburg, 1895 )
La vie intellectuelle s'y est épanouie extraordinairement. Alcuin, qui l'a visitée en 780 à l'occasion d'un voyage qu'il fit à Rome dans la suite d'Aelbert, archevêque d'York, vante l'excellence de son école. Quant à la bibliothèque, deux catalogues du IXe siècle apportent le témoignage d'une ouverture d'esprit qui pourra étonner. Ces catalogues, connus grâce à une transcription du XVe siècle, le Registrum établi vers 840/850, et le Breviarium librorum Isghteri abbatis, l'énumération des livres réunis par l'abbé Isker, vers 870, nous donnent un état des manuscrits, soigneusement analysés ( Hermann Bloch, « Ein karolingischer Bibliothekskatalog aus Kloster Murbach », dans Strassburger Festschrift zur XLVI. Versammlung deutscher Philologen und Schulmänner, Strassburg, 1901 ).
Les notices révèlent des textes patristiques, des auteurs sacrés jusqu'à Alcuin, « l'érudit de notre temps » (libri Albini moderni magistri), des auteurs de l'antiquité romaine, les gentiles, dont le célèbre manuscrit d'un Pline que retrouva Beatus Rhenanus en 1520, et un Lucrèce que l'on n'a jamais rencontré dans aucun autre catalogue du siècle carolingien. Nul doute que l'unique exemplaire du Velleius Paterculus, l'historiographe, encore qu'il ne soit noté dans nos catalogues, mutilés d'ailleurs, fit partie de cette librairie ( A. Fechter, Die Amerbachische Abschrift des Velleius Paterculus, Basel, 1844. — Die Amerbachkorrespondenz..., herausgegeben von Alfred Hartmann, Basel, 1948 ).
Il en est de même des annales qu'un anonyme, ouvert à toutes les résonnances historiques de son temps, écrivit vers 791, les Annales Murbacenses qui devinrent, remaniées un siècle plus tard, la source essentielle de maints chroniqueurs du temps ( Les annales de Murbach, allant de 741 à 790 sont publiées sous le nom d'Annales Guelferbytani dans les Mon. Germ., fo, Seriptores, t. I, 22-31 et 40-44 ; un remaniement, effectué à Murbach est connu sous le nom d'Annales Alemanici ; elles ont été insérées dans les Mon. Germ., fo, Scriptores, t. I, 22-30 et 48 ).
Les deux catalogues mentionnent 346 manuscrits. Sur 280 traités qui ont pu être identifiés avec certitude, 161 se retrouvent en l'an 822 à l'abbaye de Reichenau, 34 vers le milieu du siècle à Saint-Gall, et 25 à l'abbaye de Lorsch en Hesse. Murbach a donc réuni soixante ouvrages que l'on chercherait en vain ailleurs en Francie ( Cyrille Vogel, « Contribution des abbayes de Murbach et de Wissembourg à l'élaboration de la liturgie chrétienne durant le haut moyen âge », dans Les Lettres en Alsace, t. VIII des Publications de la Société savante d'Alsace et des Régions de l'Est, Strasbourg, 1962 ).
Ce qui différencie singulièrement le catalogue de Murbach d'autres documents du même genre et de même époque, c'est que l'on y perçoit non pas une librairie définitivement constituée ou réunie au hasard de quelques acquisitions, de quelques copies de textes, mais le noyau d'une bibliothèque éminemment vivante, destinée à être développée et toujours enrichie ( Histoire de la propriété ecclésiastique en France, t. IV : « Les livres, « scriptoria » et bibliothèques du commencement du VIIIe à la fin du XIe siècle », par Émile Lesne, Lille, 1938, p. 469, 708-717 ). C'est à ce titre surtout que le Registrum et le Breviarium de l'abbé Isker éclairent la vie intellectuelle de l'Alsace à l'époque carolingienne.
Au siècle des humanistes, les principaux usagers semblent avoir été les imprimeurs de Bâle qui y trouvèrent, grâce aux prospections de savants chercheurs, maints textes dont ils se servirent pour leurs éditions demeurées célèbres ( Paul Lehmann, « Johannes Sichardus und die von ihm benutzten Bibliotheken und Handschriften », dans Quellen und Untersuchungen zur lateinischen Philologie des Mittelalters, begründet von Ludwig Traube, Munchen, 1912 ).
Ces collections ne pouvaient indéfiniment résister aux outrages des temps. Au IXe siècle, on signale un incendie qui ravagea l'abbaye. En 925, les Huns, après avoir défait le comte Leufried près de Huningue, avancent jusqu'à Murbach, saccageant les lieux, tuant les moines qui n'ont pu fuir à temps. En 1382, l'église, à nouveau, est la proie des flammes. De 1625 à 1640, les troupes du duc de Weimar y jettent la désolation, si bien que les bâtiments se virent abandonnés pendant quinze ans. On raconte que les livres furent entreposés au château de Wildenstein, dans la haute vallée de Saint-Amarin, et qu'une partie en fut volée par un capitaine, et vendue à Luxeuil ( Arch. du Haut-Rhin, H, Murbach, 76, no 15 ).
Des manuscrits du siècle carolingien, douze seulement sont parvenus jusqu'à nous. Quatre sont conservés à Colmar, trois à la bibliothèque grand ducale de Gotha, les autres se trouvent à Épinal, à Besançon, à Genève, à la Bodleian library d'Oxford.
Un moine de Saint-Ulrich d'Augsbourg, Sigismond Meisterlin a étudié ces catalogues. Dans une lettre qu'il adressa le 7 juin 1464 à l'abbé de Murbach, Barthélémie d'Andlau, pour lui faire une description des tapisseries de l'abbaye semontant au XIIe siècle, il raconte avec tristesse combien la bibliothèque, si riche autrefois, s'était amenuisée. Les quelques manuscrits encore conservés montraient les stigmates de leur âge et de leurs vicissitudes...
Mais Barthélémie d'Andlau (1447-1477) devait veiller à ce que ces monuments des temps anciens ne se perdissent pas ; il les fit restaurer et habiller de reliures solides. Dans plusieurs manuscrits, il est demandé au lecteur de prier pour lui, « orate pro domino Bartolomeo de Andalo, abbate Morbacensi, qui hunc (librum) reparavit et plures alios aut de novo comparavit aut renovavit ». On sait qu'il fit l'acquisition de nouveaux manuscrits pour un montant de 300 florins, et qu'il trouva auprès de Sigismond Meisterlin un collaborateur enthousiaste. Celui-ci rédigea de nouvelles Annales englobant les années 1259 à 1497. Il est l'auteur d'un cartulaire ; on lui doit également un recueil de sources historiques ( Nouvelles œuvres inédites de Grandidier. t. V, Paris, 1900. Ph. A. Grandidier, Annales Murbacenses, nouvelle édition, suivie d'une partie inédite publiée par A. M. P. Ingold, Paris, 1900. « Annales Murbacenses 631-1439, » publiées par Th. von Liebenau, dans Anzeiger fur Schweizerische Geschichte, XIV, NF I. P. Joachimsohn, Siegmund Meisterlin. Bonn, 1895 ).
Le XVIe siècle ne dissimule pas la lassitude de la vie monacale ; il ébauche une certaine décadence intellectuelle que le XVIIe siècle devait précipiter, et consommer.
Le séquestre de la Révolution a assuré à la bibliothèque de Colmar 45 manuscrits antérieurs au XVIe siècle, et quelques-uns des temps modernes, parmi lesquels le Diarium de Bernard de Ferrette, prieur de l'abbaye, mort en 1746.
Les manuscrits de Murbach n'ont pas échappé aux bibliographes du XVIIIe siècle. Dom de Montfaucon a transcrit dans sa Bibliolheca bibliothecarummanuscriptorum nova (Paris, 1739, II, 1175-1178) le catalogue sommaire que lui en avait établi Dom Calmet. Dom Ruinart et Dom Gerbert, l'abbé de Saint-Blaise, les signalent dans leurs Itinéraires ( Dom Ruinart, « Iter litterarium in Alsatiam et Lotharigiam », dans Ouvrages posthumes de D. Jean Mabillon et de D. Thierry Ruinart, III, Paris, 1724, p. 468-470. Doms Martène et Durand, Voyage littéraire de deux Religieux bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur, Paris, 1717, II, 138 et suiv. Dom Gerbert, Iter Alemannicum, Sankt-Blasien, 1765, et 2e éd. 1773, p. 368 ).
L'examen critique de leurs énumérations et la comparaison avec l'état actuel accusent des pertes sensibles. Sont-elles dues aux tumultes de la Révolution, à des fuites, à des prêts non restitués ? L'abbé de Saint-Blaise et Dom Jean-Baptiste Maugérard ne semblent pas avoir eu trop de scrupules à dépouiller l'antique bibliothèque de Murbach de quelques-uns de ses trésors ( L. Traube und R. Ehwald, « Jean-Baptiste Maugérard », München, 1904, dans Abhandlungen der kgl. Bayer. Akademie der Wissenschaften, III. Klasse, XXIII. Bd., II. Abtl., p. 314 ).
Plus graves sont les pertes que l'on constate à une époque plus proche de la nôtre. Dom Pitra, qui a visité la bibliothèque de Colmar en 1846, y a vu un Passionale sanctorum apostolorum du Xe siècle, introuvable depuis une cinquantaine d'années ; Gustave Hänel note un Mortuarium Morbacense en trois exemplaires, un Passionarium, peut-être le même qu'a vu Dom Pitra, et un saint Bernard du XIIe siècle ( Gustav Hänel, Catalogi librorum manuscriptorum qui in bibliothecis Galliae... asservantur, Leipzig, 1830, p. 140 ). Au tournant du siècle, on a constaté leur perte, sans connaître leur destinée.
En 1870, dans l'incendie de la bibliothèque de Strasbourg ont péri un Passionale du IXe siècle qui contenait la Vie de saint Léger par le moine Fruland, et des Series compendiosa principum et abbatum Morbacensium.
Des manuscrits de Murbach se trouvent aujourd'hui à la Ryland library à Manchester, à Cheltenham en Angleterre, à la bibliothèque universitaire de Bâle, à la bibliothèque nationale de Berlin, à la bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg.
Plus ancienne que Murbach, puisqu'elle apparaît vers le milieu du VIIe siècle, l'abbaye bénédictine de Munster, placée sous le vocable de saint Grégoire, d'où son nom, monasterium sancti Gregorii in valle, eut son heure d'épanouissement, au siècle carolingien qui la vit accéder à l'immunité en 826, et en 896 au droit de libre élection de l'abbé.
L'éveil intellectuel n'a pas été sans la toucher : des traces d'une bibliothèque ancienne projettent leurs reflets sur une activité qui mériterait d'être mieux connue.
Ce sont tout d'abord quatre feuilles du Liber de natura rerum de Bède le Vénérable, du Xe siècle ( Dans un recueil de pièces du Xe au XIVe siècle, conservé à la Bibliothèque du Grand Séminaire de Strasbourg. Ce recueil a été analysé par W. Wiegand, « Ältere Archivalien der Abtei Münster im Elsass », dans Mitteilungen des Instituts für österreichische Geschichtsforschung, X, 1889, p. 75-80 ), un fragment de l'Ancien Testament, d'une belle minuscule caroline et, de la même époque, vingt-sept vers de la Guerre civile de Lucain ( Christian Wilsdorf, « Les lettres à Munster jusqu'au XIIe siècle », dans Annuaire de la Société d'histoire du Val et de la ville de Munster, XV, 1960, p. 10-14 ).
Au XIe siècle, on transcrit des chronologies et des hymnes ; on rédige un catalogue des évêques de Bâle depuis l'évêque Walans, du milieu du VIIIe siècle jusqu'à Béranger (1057 à 1072), puis un catalogue des abbés de Munster depuis Goldvinus, le premier de la chronologie jusqu'à Samuel, élu en 1087 ( Mon. Germ. hist., Script. XIII, 373-374. Basler Chroniken, VII, 1915, p. 157-159 ).
Dans la seconde moitié du XIIe siècle, des moines, timidement, s'adonnent à l'historiographie. On possède, en effet, un cycle dyonisien du Xe siècle dans les marges duquel on relève des notes chronicales faisant état, depuis la naissance du Christ jusqu'en 828, des dates de papes, d'empereurs, de souverains francs et d'hommes illustres. Le scribe y a intercalé quelques faits se rapportant à l'abbaye. Ces notules ont été publiées sous le titre d'Annales Monasterienses. Une suite nous donne, de 1065 à 1194, la chronologie des abbés de Munster et des évêques de Bâle, et quelques événements dont la haute Alsace fut le théâtre ( Dans le recueil de Strasbourg. Voir aussi : Grandidier, Histoire de l'Église de Strasbourg, I, Strasbourg, 1778 ; preuves justificatives, p. XXI-XXV. Mon. Germ. hist., Script. III, 152-155. R. Arnold, Beiträge zur Kritik Karolingischer Annalen, Königsberg, 1878, p. 63 ).
Vers 1153, on rédige un catalogue des souverains pontifes, des empereurs et des rois des Francs, auctore monacho sancti Gregorii, précise le manuscrit qui est conservé aujourd'hui à la bibliothèque de Leyde en Hollande ( Mon. Germ. hist., Script. XXIV, p. 85-87 ).
Pour leurs méditations quotidiennes, les moines avaient rédigé un passionnaire, orné d'initiales au trait de plume, rehaussé de vermillon. C'est le manuscrit 122 de notre bibliothèque.
Vers la fin du XIIIe siècle, l'abbaye de Saint-Grégoire semble avoir été détournée de sa voie primitive, la noblesse s'étant assurée des prérogatives qui paralysaient son activité agraire et intellectuelle. En 1312, le nombre des moines était réduit à seize, et les revenus transformés en prébendes.
Cette décadence de la vie monastique fut précipitée encore par des épreuves multiples. En 1183, l'abbaye est la proie des flammes ; des incendies s'allument à nouveau en 1348 et en 1354.
Au XIIIe siècle encore, à la faveur de la poussée des villes naissantes vers leur indépendance, la communauté d'habitants qui, peu à peu s'était formée à l'ombre du monastère s'émancipa de la tutelle abbatiale. Elle devint ville, libre et impériale. C'étaient dès lors des heurts incessants entre l'abbé et la bourgeoisie. L'introduction de la Réforme ne put guère qu'envenimer la situation ; déjà l'abbaye avait perdu sa primauté ; la guerre de Trente Ans lui donna le coup de grâce.
L'antique abbaye devait cependant ressusciter à la suite de son affiliation, en 1659, à la Congrégation lorraine de Saint-Vanne et de Saint-Hydulphe. La vie intellectuelle, alimentée par quelques hommes remarquables reprit et fut profonde ( Jean Godefroy, Bibliothèque des Bénédictins de la Congrégation de Saint-Vanne et Saint-Hydulphe, Ligugé, 1925. (Archives de la France monastique, XXIX) ). L'abbé Charles Marchant et le prieur de la maison, Dom Antoine de l'Escale prirent une part active à la querelle qui mit aux prises Augustins et Bénédictins au sujet de l'auteur de l'Imitation de Jésus-Christ ( A. M. P. Ingold, Les bénédictins de Munster et l'enquête sur l'auteur de l'Imitation de Jésus-Christ, Paris, 1896. Léodégarius, « Autour de l'Imitation de Jésus-Christ », dans Annuaire de... Munster, I, 1927, p. 23-30 ). Dom Calmet, qui y fut sous-prieur rédigea une histoire de l'abbaye dont le manuscrit est conservé aujourd'hui à la bibliothèque de Saint-Dié ( Publié par E. Dinago, Colmar, 1882. Bien plus complète est l'histoire de l'abbé Ludwig Ohl, Geschichte der Stadt Münster und ihrer Abtei, Vorbruck-Schirmeck, 1897. Une bibliographie de l'abbaye et de la ville a été dressée par Jean Matter, dans Annuaire de ... Munster, 1928 et 1930 ).
Dom Sinsart, l'un des plus distingués membres de la Congrégation fut abbé de Munster de 1743 à 1776. On lui doit un développement considérable de la librairie monastique, une des plus grandes, pensons-nous, des maisons religieuses d'Alsace à la veille de la Révolution.
Nous la connaissons par trois catalogues, dressés le premier en 1665 sur ordre de l'abbé Marchand, il est conservé aux archives départementales du Haut-Rhin (Série H, abbaye de Munster, carton 51) ; le second est de 1780, c'est le manuscrit 552 de notre bibliothèque. Le troisième enfin est dû à Dom Léonard qui le termina en 1789, il fait partie de la bibliothèque du Grand Séminaire de Strasbourg ( Lina Baillet, « Catalogues de la bibliothèque de l'abbaye de Munster », dans Annuaire de... Munster, XVII, 1962, p. 99-103 ).
L'abbaye de Lucelle, de l'Ordre de Cîteaux, a su maintenir très pur, pendant toute son existence, l'enseignement spirituel de saint Bernard qui assista personnellement à la pose de la première pierre, en 1123 ( Dom L. H. Cotineau, Répertoire topo-bibliographique des abbayes et prieurés, Mâcon, 1939, in-4o, 2488 col., cf. Lutzel. Marcel Moeder « L'abbaye de Lucelle, son influence sur la vie en Alsace au moyen âge », dans La Vie en Alsace, 1927, p. 133-136. Jos. Clauss, Historischtopographisches Wörterbuch des Elsass, Zabern, 1895, art. Lutzel et bibliographie ).
La maison fut consacrée le 25 mars 1124 par l'évêque de Bâle, Bertholde de Neuenburg, l'oncle des fondateurs, les nobles Hugues, Amédée et Richard de Montfaucon. Le 8 janvier 1125, elle fut confirmée par l'empereur, et par le pape le 18 mars 1139. Dès lors solidement assise, elle bénéficia de donations nombreuses et importantes. Sous sa direction, des terres arables se couvrent de centres d'exploitation, de granges et de cours colongères dans plus de quarante communes dans la seule Alsace. Ses fondations monastiques furent multiples. Le nombre des moines, à la fin du XIIe siècle, atteignit le chiffre de 200. Des cisterciens de Lucelle quittèrent leur maison pour revêtir quelque mitre épiscopale ou occuper un siège abbatial dans des monastères de l'Ordre.
Encore que les témoignages en soient rares, un foyer intellectuel s'y est allumé dès la première heure. De nombreux abbés ont laissé des témoins de leur activité : Conrad Holzacker († 1443) des recueils de documents et un journalier du Concile de Constance ; Nicolas Amberg († 1467) les actes du Concile de Bâle et la chronique de la maison jusqu'en 1448 : Fasciculus antiquitat. Lucell. D'autres chroniques ont été rédigées par l'abbé Hylweck (1495-1532) et l'abbé Henri Sapper (1532-1542). P. Edm. Delme nous laissa une Professio fidei Roman. Cathol. (Porrentruy, 1783) ; P. Bern. Walch un nécrologe 1745 et des Miscellanea Luciscellensia, P. Jean-Baptiste Etienne la Registratura Lucell. 1781, deux cartulaires des XVe et XVIIe siècles ( La chronique de Lucelle. Chronicon R. P. Bemardini Walch... par Louis Stouff (Collection d'études sur l'histoire du droit et des institutions de l'Alsace, XIV), Strasbourg, 1950. Voir à propos de cette publication : Christian Wilsdorf, « Note sur la chronique de Lucelle », dans Revue d'Alsace, 1950-1951, p. 135. Voir aussi : Rodolphe Reuss, De Scriptoribus rerum Alsaticarum historicis inde a primordiis ad saeculi XVIII exitum, Argentorati, 1898. ).
De 1654 à 1673, la crosse abbatiale fut tenue d'une main ferme par l'abbé Bernardin Buchinger, originaire de Kientzheim où il naquit en 1606. Après avoir restauré Pairis, il s'est attaqué avec un égal succès à Lucelle qu'il fit renaître des ruines accumulées par la guerre de Trente Ans.
Il laissa plusieurs œuvres, entre autres un Caeremoniale Pontifical. pro abbat. mitrates, le livre des Miracles de Kientzheim, enfin l'Epitome fastorum Lucellensium, Porrentruy, 1666 et, parmi les œuvres restées manuscrites, un diarium qui va de 1655 à 1659.
Les scribes et les miniaturistes de l'abbaye ont joui d'une grande réputation ; la librairie devait, hélas, périr au cours d'un incendie qui ravagea l'abbaye en 1699.
L'abbé Girardin (1751-1790) eut le mérite de jeter les fondements d'une nouvelle bibliothèque en achetant 12 000 volumes. On les reconnaît à leur reliure, de veau plein décorée aux petits fers, et à l'ex-libris, gravé en sept variantes.
L'abbaye succomba à la Révolution. L'église et les bâtiments conventuels furent livrés au pic des démolisseurs. Ce qui subsiste encore, n'est plus qu'un pâle reflet de cette magnifique abbaye dont l'aspect nous est connu grâce à des dessins originaux, presque tous incorporés dans les chroniques précitées.
Outre les douze manuscrits conservés à la bibliothèque de Colmar, on connaît encore une série de miscellanées, de chroniques et de cartulaires du XVIIIe siècle conservés à la bibliothèque de l'université de Bâle, aux archives de l'église de Faverois (T. de Belfort) et à Porrentruy (Suisse).
L'abbaye de Pairis fut fondée en 1138 par Ulric de Vaudemont-Eguisheim, derrière Orbey, dans la solitude d'un vallon vosgien. La semence était venue de Lucelle dont elle fut en effet filiale.
Son nom entra dans l'histoire générale grâce à l'abbé Martin qui, en Alsace, prêcha la IVe Croisade avant d'y participer personnellement. Un moine de Pairis, Gunther, en avait recueilli la relation de la bouche même du prédicateur pour ensuite brosser un tableau éminemment vivant et véridique de cette équipée : De expugnatione urbis Constantinopolitana. On sait que la IVe Croisade, déroutée de son but à la suite d'intrigues politiques se termina, en 1204, par la conquête de Constantinople, alors chrétienne.
Les 25 chapitres de cette histoire, rédigée dès 1206, se terminent chacun par une pi��ce de vers. Autant que le Solymarius et le Ligurinus, deux épopées qui chantent, l'une la campagne de Frédéric Barberousse contre Milan, l'autre l'histoire de la première Croisade, la poésie du cistercien est belle, et écrite avec une perfection rarement atteinte.
Gunther de Pairis, son titre de magister en fait foi, avait bénéficié d'une formation universitaire sérieuse, à Paris d'abord, puis à Bologne. Le grec lui était familier. S'il est également l'auteur du de oratione jejunio et eleemosyna comme tout permet de l'admettre, Gunther de Pairis demeure un des plus grands sinon le plus prestigieux écrivain de la langue latine d'Alsace. A la perfection de son œuvre concourent non seulement l'art de conter et de moraliser, mais aussi une pensée sûre exprimée avec clairvoyance et passion ( Jos. Clauss, Hist. topogr. Wörterbuch des Elsass, Zabern, 1895, art. Pairis (avec bibliographie). ).
Le scriptorium de l'abbaye semble avoir connu une belle activité. Vers la fin du XIIIe siècle, les tabulae mortuorum Parisiensium mentionnent un frater Renboldus scriba monachus noster, mort en 1288, ainsi qu'un frère Jacques, également scribe, lui aussi décédé la même année. Plus loin, on relève une inscription qui ne manque pas de précision : memoria fratris Henrici monachi nostri qui libros epistolarum et Evangeliorum ad maius altare scripsit et illuminavit ( Jos Clauss, « Das Necrolog der Cisterzienser Abtei Pairis », dans Bulletin de la Société pour la conservation des Monuments historiques d'Alsace, XXII, 1904 ).
Un certain Jean d'Appenwihr, d'une famille noble de Colmar, rédigea les annales de Pairis qui englobent les années 1335 à 1422 ( Mon. Germ. hist., Script. III, 152. Bernouilli, Basler Chroniken, IV, 376-380. Neues Archiv für ältere deutsche Geschichtskunde, VIII, 616-621 ). Le principal objet de la quête intellectuelle fut cependant l'hymnologie comme en témoignent deux hymnaires, l'un du XIIe, l'autre du XIIIe siècle ( Hymnarium Parisiense. Das Hymnar der Cist. Abtei Pairis im Elsass, herausgegsben von C. Weinmann, Regensburg, 1905 ).
La tradition de l'enluminure s'est perpétrée jusqu'au XIVe siècle ; elle nous a laissé une série de livres liturgiques admirablement écrits et ornés d'initiales qui s'accordent incontestablement pour témoigner du caractère d'un style très riche où prédominent les entrelacs, éclatant du rouge, bleu et or de leurs émaux.
Cette activité intellectuelle ne peut nous cacher une décadence que l'on devine déjà au XIIIe siècle ; c'était tout d'abord la mauvaise administration du temporel, puis le train de vie coûteux des moines appartenant pour la plupart à la noblesse, des adversités enfin, la peste en 1349, un terrible incendie en 1362, le pillage de l'abbaye par les Anglais en 1359, l'incursion des Armagnacs en 1444.
Complètement ruinée, l'abbaye fut affiliée en 1452, à titre de prieuré, à l'abbaye de Maulbronn (Wurtemberg). Mais lorsqu'au moment de la Réforme celle-ci passa entre les mains des Protestants, Pairis reprit le titre, combien éphémère, d'abbaye.
Après la guerre de Trente Ans qui, une fois de plus, avait éprouvé l'abbaye, l'abbé Buchinger, de Maulbronn, y entra avec ses moines pour en entreprendre la restauration. Il crée une nouvelle bibliothèque que ses successeurs devaient enrichir. Une saine administration du temporel, une vie spirituelle profonde ont dès lors rendu à l'abbaye le lustre des temps primitifs.
En dehors des vingt-neuf manuscrits provenant de l'ancienne bibliothèque abbatiale, il existe aux archives départementales du Haut-Rhin un manuscrit autographe de l'abbé Buchinger : Tabulae mortuorum Parisiensium, complectens nomina, memorias et anniversaria fratrum, familiarium et benefactorum nostrorum (1640, papier, in-4o, 190 ff.)( Série H, Pairis, Cart. 1, 3-12 ) ;
À la bibliothèque de l'université de Heidelberg un manuscrit du XIIIe siècle qui contient, ff. 1-11, un fragment d'un glossaire hébreu, ff. 12-39 : Formulae (cursus Antissio dorensis) ff. 48-69 : Jezéchiel, cap. II/3-fin (Cod. Sal., VII, 33, parch.) ( A. Kroner, « Ein Formularbuch des XIII. Jahrhunderts aus dem Zisterzienser Kloster Pairis », dans Strassburger Diözesanblatt, 1901, p. 222-231 ).
Après le grand éclat des fondations bénédictines et cisterciennes, voilà les chanoines réguliers de Saint-Augustin qui prennent pied sur les premiers contreforts des Vosges, à Marbach, dans un prieuré fondé en 1089 par le chevalier Bourcard de Gueberschwihr, vassal de l'évêque de Strasbourg et administrateur de son territoire en haute-Alsace.
La congrégation des chanoines réguliers de Saint-Augustin avait été fondée pour lutter contre le relâchement de certains chapitres séculiers d'églises collégiales.
Pour administrer le jeune établissement, le pieux chevalier fit appel à Manégold, un chanoine du chapitre de Lautenbach dont l'église avait été détruite au cours des luttes qui opposèrent la papauté et l'Empire au temps de Grégoire VII et de Henri IV.
Homme marquant dont l'histoire a fixé la célébrité, Manégold, grâce à ses exigences spirituelles, sut donner au prieuré une impulsion extraordinaire.
Il le peupla de quelques-uns de ses anciens confrères de Lautenbach auxquels se joignirent des chanoines réguliers du couvent de Saint-Irénée de Lyon, partis après la réforme de Saint-Ruf d'Avignon. S'inspirant de leur constitution, Manégold, adoptant les principes généraux de la règle augustinienne, élabora des statuts particuliers que d'autres communautés devaient adopter dans la suite ( Émile Herzog, Marbach, Colmar, 1928, Chanoine Fr. Aug. Goehlinger, Histoire de l'abbaye de Marbach, Colmar, 1954 ).
Le prieuré va essaimer un peu partout, en Alsace, en Suisse, en Allemagne, exerçant la direction spirituelle de nombreux couvents de femmes dont Schœnensteinbach et Schwarzenthann, en haute Alsace.
Un déclin devait cependant se dessiner, dès le XIIIe siècle lorsque Marbach, devenue abbaye, eut à lutter contre le dénuement d'abord, puis contre un relâchement dans la stricte observance de la règle et le respect des constitutions.
Pillée par les Anglais en 1360, à deux reprises par les Armagnacs (1439, 1444), l'abbaye fut durement secouée par la colère paysanne en 1525. Pendant la guerre de Trente Ans, ce fut le déferlement des Suédois.
En 1462, l'évêque de Bâle avait donné son agrément à la réforme des chanoines réguliers de Saint-Augustin de Marbach et à leur incorporation à la congrégation de Windesheim en Hollande. Son premier prieur, puisque ses chefs renonçaient à leur titre d'abbé, fut Frédéric a Kempis, un proche parent de Thomas, l'auteur présumé de l'Imitatio.
Marbach devait se séparer de la congrégation de Windesheim en 1769, par ordre du Roi. Les pourparlers en vue de son union à la congrégation de Saint-Victor ayant échoué, elle se mit très simplement sous la dépendance de l'Ordinaire, l'évêque de Bâle.
C'était la désagrégation, dont l'issue fatale ne devait tarder. Un arrêt du Conseil d'État du 25 août 1786 interdit l'admission de nouveaux membres, et ordonne l'incorporation de l'abbaye au chapitre noble des chanoinesses d'Ottmarsheim. La Révolution, trois ans plus tard, dispersera les derniers survivants et renversera l'antique maison.
L'activité intellectuelle, au premier siècle de Marbach notamment, a dû être brillante comme en témoignent les Annales Marbacenses ( Hermann Bloch, Die Elsässischen Annalen der Stauferzeit. II. Die sogenannten Annales Marbacenses, Innsbrück, 1908 ) et deux manuscrits célèbres.
C'est tout d'abord un codex que rédigea la nonne Guta, du couvent de Schwarzenthann, et qu'enlumina le chanoine Sintram de Marbach. Il renferme un calendrier, un homéliaire pour toute l'année liturgique, la règle de Saint-Augustin avec les commentaires de Hugues de Saint-Victor, enfin les constitutiones Marbacenses ( Chanoine Jos. Walter, « Les miniatures du Codex Guta-Sintram de Marbach-Schwarzenthann (1154) » (Archives alsaciennes d'histoire de l'Art, 1925, p. 1-40) ).
Tout aussi vénérable est l'évangéliaire de l'abbaye, lui aussi du XIIe siècle. Autant que les enluminures du Codex Guta-Sintram, son texte et ses illustrations content, en des pages éblouissantes, la maîtrise des scribes et des enlumineurs de Marbach( C'est le ms. 550 de la bibliothèque de Laon. Chanoine Jos. Walter, « L'évangéliaire de Marbach-Schwarzenthann de la fin du XIIe siècle » (Archives alsaciennes d'histoire de l'art, 1930, p. 1-20, avec bibliographie) ).
Du XIIe siècle encore, nous possédons une Historia regum Britanniae de Geoffroy de Monmouth, un sermonnaire, un traité de Didime d'Alexandrie, de spiritu sancto, des lettres de Hugues Ethérien, et un Commentaire d'Aristote, de Boèce ; du XIIIe siècle enfin un recueil de sermons de saint Bernard. On en trouvera les notices dans le présent catalogue.
D'autres manuscrits, de même importance sans doute, nous sont connus par des documents d'archives. Ainsi, tout au début du XIIIe siècle, les chanoines de Marbach ont offert à l'église de Brisach deux missels de grande valeur, dignes du service du chœur. Le magistrat de cette ville, en guise de remerciements, a accordé aux chanoines le droit de bourgeoisie.
Si l'on peut prêter foi à une lettre de l'évêque de Strasbourg, Jean de Manderscheid, de 1579, l'abbaye possédait même une bible écrite sur papyrus ou sur des écorces.
La bibliothèque de Colmar possède actuellement 20 manuscrits provenant de Marbach.
Aux archives du Haut-Rhin on trouve encore, écrit par le sous-prieur G. Voss : Apographum ex mortuali nostro Marbacensi in pergameno vetusto conscripto per... L.D. Wernher, du XVIIe siècle, ainsi qu'un necrologium, sive catalogus et ordo fratrum et benefactorum hujus monasterii, de 1680.
A la bibliothèque du Petit-Séminaire de Zillisheim, un necrologium conventus Marpach (Parch., 1241-1731)( Publié par l'abbé Charles Hoffmann dans Bulletin de la Société pour la Conservation des Monuments historiques d'Alsace, IIe série, XX, p. 165 ) ;
A la Bibliothèque de Sélestat, l'Historia Trevirorum de Justin (Parch., XIIe siècle) ;
A la Bibliothèque de Jéna : codex Jenensis Bos. 9, membr. fo, saec. XII, contenant : Ottonis Frisingensis episcopi chronicon (cf. Mon. Germ. hist., Script. XX, p. 105) ;
A la Bibliothèque nationale de Paris : codex Parisiensis 138, membr. 4o ; saec. XII, contenant : Ottonis Frisingensis episcopi, gesta imperii (cf. Mon. Germ. hist., Script. XX, 346).
On ne saurait parler des Antonins d'Issenheim sans penser aux grandes routes qui sillonnaient le pays, celle qui montait de la vallée du Rhône, et cette autre de l'Italie du Nord par-delà les Alpes ; elles se rejoignirent à Issenheim pour ensuite gagner les Flandres.
C'est à la jonction de ces deux routes que les Antonins plantèrent leur couvent. La léproserie accueillait les malades, l'hostellerie les pèlerins qui cheminaient, innombrables vers la maison mère de l'Ordre, à Saint-Antoine-de-Viennois, dans le Dauphiné, ou vers quelqu'autre sanctuaire de la chrétienté.
La maison s'épanouit magnifiquement. Au XVe siècle, elle devint préceptorerie générale dont elle tirera l'éclat d'un apogée spirituel. Les précepteurs qui ont imposé avec le plus d'accent leur personnalité furent Jean d'Orlier (1460-1490) et Guido Guersi (1490-1516). Sous leur direction, le couvent s'affirma non seulement comme un havre de charité, mais aussi comme un haut-lieu de la peinture dans la vallée du Rhin qu'illustrèrent Martin Schongauer et Grünewald ( Heinrich Alfred Schmid, Die Gemälde und Zeichnungen von Mathias Grünewald, Strassburg, 191 ).
Jean d'Orlier développa la bibliothèque du couvent ; il sut provoquer des dons. Retenant ses prières, Jean Brochard, chapelain des Antonins de Bâle offrit à ses confrères d'Issenheim huit manuscrits. On les reconnaît à la dédicace : Tempore Joannis de Orliaco, praeceptoris in Isenheim anno 1469, dominus Joannes Brochardus, Capellanus sti Antonii basiliensis donavit hunc librum ad librariam in Issenheim. Orate pro eo.
Les paysans dévastèrent le couvent en 1525, sans pourtant toucher à l'église, respectant, avec le saint lieu, le maître-autel de Mathis le peintre, et le délicieux retable du beau Martin.
Si la bibliothèque devait souffrir, tout n'a pas été détruit, puisque plusieurs manuscrits des XIIIe, XIVe et XVe siècles nous sont conservés.
Elle s'enrichit singulièrement en 1611 à la mort de François Ber, coadjuteur de l'évêque de Bâle, administrateur du couvent. François Ber légua, en effet, ses collections de livres à la maison dont il fut le restaurateur au temps de la Contre-Réforme ( Gfrörer (Franz), « Franz Bär, Weihbischof von Basel 1550-1611 », dans Zeitschrift f. d. Geschichte des Oberrheins 1903, XVIII, p. 91 ).
Le fond principal lui venait de son grand-oncle, Louis Ber, l'une des plus brillantes figures du siècle humaniste de l'Alsace. Le cardinal Aléandre l'appela son ami ; Érasme lui fut profondément attaché et l'institua héritier d'une partie de sa fortune ; Lefèvre d'Étaples, après avoir été son maître à la Sorbonne, deviendra son confident.
Louis Ber naquit à Bâle le 24 mai 1479 où son père, originaire de Saverne, en basse Alsace, s'était établi comme banquier. Il fit ses humanités ; en 1496 il s'en alla à Paris où il acquit tous les grades universitaires. Le 28 mai 1511, il est créé docteur, premier de sa promotion. Après avoir enseigné la philosophie à la Sorbonne, il rentre à Bâle en 1512 pour occuper successivement les charges de professeur à la Faculté de théologie, de recteur et de chancelier de l'Université, de chanoine à la cathédrale et de prévôt de l'église Saint-Pierre. En 1529, devant les bouleversements religieux, il quitte Bâle en même temps qu'Érasme pour s'établir à Fribourg-en-Brisgau où il meurt le 14 avril 1554.
C'est à Paris que Louis Ber réunit les premiers volumes de sa bibliothèque, incunables et ouvrages du XVIe siècle d'un caractère encyclopédique : théologie, philosophie, hagiographie, histoire, géographie, des éditions princeps d'Alde Manuce, de Marnef, la fameuse bible de Koberger, de Nuremberg, imprimée en 1500, ornée de lettrines or et couleurs. Il les fait habiller de très belles reliures, et avec fierté il manifeste sa propriété : Sum Ludovici Ber basiliensis, socii Sorbonici, et y ajoute sa devise : Et domat omnia virtus ( Alfred Kimmenauer, Colmarer Beriana, zu Ludwig Ber's Bibliothek und Papieren Wiesbaden, 1964 (Festschrift Joseph Benzing) ).
Ces livres furent donc légués à son petit neveu qui les laissa à Issenheim, à l'exception de cent volumes qu'il offrit à l'Université de Fribourg où ils se trouvent toujours.
Le couvent eut beaucoup à souffrir pendant la guerre de Trente Ans, et on peut à juste titre se demander par quel miracle les œuvres d'art et la bibliothèque ont échappé au vandalisme des Suédois, au feu, à l'humidité, à la corruption.
L'Ordre des Antonins avait cependant entamé sa décadence. Celle-ci s'est répercutée sur l'ensemble des préceptoreries. Vers 1770, l'Ordre fut incorporé aux chevaliers de Malte ; dans le cadre de cette unification, la maison d'Issenheim fut remise à la Commanderie de Soultz. Quelques années plus tard, c'était la Révolution.
Essaimant à travers l'Europe, les Frères prêcheurs sont arrivés dans la vallée du Rhin en moins de cinquante ans après la mort de saint Dominique. Greffés sur la souche de Bâle où un couvent avait été fondé dès 1248, ils se fixèrent à Colmar en 1278 grâce sans doute aux religieuses d'Unterlinden qui les avaient précédés d'un quart de siècle.
On sait que les religieuses d'Unterlinden, simples béguines avant d'adopter la règle augustinienne, sont entrées dans la famille spirituelle de saint Dominique en 1252 ( Isidore Beuchot, dans Colmarer katholischer Kirchen-Kalender 1917-1919 ).
A la jeune communauté des Frères prêcheurs, le 20 juin, l'évêque de Bâle consacra une chapelle provisoire, en attendant que le 24 mai 1283 fut posée la première pierre de l'église, en présence de Rodolphe de Habsbourg et de sa brillante suite. Le sanctuaire fut érigé rapidement, d'un seul jet, peut-être sous la direction de frère Volmar, le maître d'œuvre auquel on devait déjà le cloître d'Unterlinden.
Dotée de privilèges, nantie de fondations pieuses, la maison prit un départ rapide grâce à la personnalité exceptionnelle du premier prieur, Hermann de Minda. Albert le Grand la tenait en affection particulière. Déjà il avait manifesté sa prédilection pour Colmar où il avait séjourné en 1269 à l'occasion de la consécration du chœur de l'église conventuelle d'Unterlinden ( A. M. P. Ingold, Notice sur l'église et le couvent des Dominicains de Colmar, Paris, 1894. — Isidore Beuchot, op. cit. ).
Le monastère d'Unterlinden symbolise à nos yeux tout d'abord la mystique rhénane. Frère Eckart, le vicaire général de l'Ordre, Jean Tauler de Strasbourg, Henri Suso, Jean de Dambach furent ses directeurs spirituels. Autant qu'on peut en juger par le témoignage de quelques vestiges, tous les traités mystiques y étaient lus et médités.
Les Dominicains, bien au contraire, mêlés directement à la vie du municipe, attentifs aux mœurs et aux caractères de leur temps, ont d'autres préoccupations. Dans leur couvent, ce sera l'éclosion de l'historiographie d'où sortira une série d'œuvres étonnamment variées qui surprennent toujours par leur richesse et leur originalité.
Ce sont tout d'abord les Annales majeures qui comprennent les années 1277 à 1305 ; ensuite les Annales mineures qui, détachées des premières et truffées de nouveaux récits, s'étendent de 1211 à 1300. Le chroniqueur, appelons-le Jean de Colmar, possédait l'esprit encyclopédique de son ordre et une curiosité universelle. Il entra chez les Dominicains en 1238, à l'âge de 17 ans. Cartographe, il a copié en 1265 une carte du monde en douze feuilles, perdue aujourd'hui. Longtemps on a cru que c'était la carte des routes romaines du IVe siècle qui prit le nom de l'humaniste Peutinger, d'Augsbourg. Cette théorie n'a pu résister à la critique scientifique moderne.
Le moine nous a également laissé une Description de l'Alsace, au début du XIIIe siècle ; elle révèle un esprit ouvert à tous les problèmes économiques. Dans une Nouvelle description de l'Alsace, écrite vers 1300, il fait le bilan des progrès accomplis avec une lucidité qui n'exclut pas la note lyrique si chère aux Alsaciens.
Avant de mourir, octogénaire, il laissera encore une Descriptio Theutoniae, une géographie humaine qui manifeste une incontestable originalité et qui restera longtemps unique dans sa conception.
Si Jean de Colmar ne prêtait qu'une oreille distraite aux affaires du temps, affectionnant avant tout la géographie, l'astronomie, l'économie du pays, leur contexte lui échappa complètement. C'était à son successeur de satisfaire notre curiosité. Vers 1304, il rédigea une chronique de Colmar où on le voit hisser sur la scène politique du temps les antagonistes qui s'affrontent en des luttes sanglantes : le Habsbourg, Ottokar son adversaire, les évêques de Bâle et de Strasbourg, les prévôts de Colmar ( Fritz Kiener, « Aperçu sur l'historiographie de Colmar », dans Annuaire de Colmar, 1935, p. 11-38. Christian Wilsdorf, « Beatus Rhenanus et le manuscrit du chroniqueur dominicain de Colmar », dans Annuaire de Colmar, 1961, p. 37 ).
Pendant ce temps, dans la paix d'Unterlinden, une sœur de l'Ordre, Catherine de Gueberschwihr compose les vitae primarum sororum de sub tilia qui restent sans doute l'un des monuments les plus étonnants de la mystique rhénane ( Bibliothèque de Colmar, ms. no 508 ).
Mais les maisons dominicaines de Colmar connurent des heures fastes ; elles durent subir aussi les contre-coups politiques des temps. Une nouvelle communauté de moniales vint s'y fixer en 1311 sous le nom de « Catherinettes », après avoir séjourné d'abord à Katzenthal, puis à Ammerschwihr où leur maison avait été consacrée le jour de la Sainte Catherine, d'où leur nom qui, sans cet éclaircissement, pourrait surprendre ( Isidore Beuchot, op. cit., 1914, p. 43-69 ).
C'est de Colmar que partit la réforme de l'Ordre, entreprise par le maître général Raymond de Capoue en vue de restaurer dans leur intégrité les observances primitives. La lucide intuition et le rayonnement personnel du père Conrad de Grossis réussirent ce grand mouvement de rénovation qui fut, au XVe siècle, l'événement religieux le plus intéressant et le plus caractéristique en Alsace et dans l'ensemble de la province de Theutonie ( Annette Barthelmé, La Réforme dominicaine au XVe siècle en Alsace et dans l'ensemble de la Province de Theutonie, Strasbourg, 1931 ).
Les fils et les filles de saint Dominique n'ont pas négligé leurs librairies. Nous savons que les Vitae de sœur Catherine de Gueberschwihr ont été écrites sur tablettes de cire vers la fin du XIIIe siècle, et transcrites au XVe sur parchemin avant qu'elles ne disparussent. Sur tablettes de cire, on possède encore une colligende du couvent du XIVe siècle ( Émile Herzog, « Une curieuse colligende du Monastère des Unterlinden de Colmar » (Archives alsaciennes d'histoire de l'art, 1932, p. 75) ).
Les notices d'un grand nombre de manuscrits provenant d'Unterlinden sont insérées dans le présent catalogue. Ce sont des livres liturgiques, des livres d'heures, des traités mystiques. La bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg possède un traité (Vollendung des Badschenck) d'une prieure d'Unterlinden du XVe siècle ; la bibliothèque de la ville deux recueils de prières du XVe siècle offerts par les moniales d'Unterlinden aux religieuses de Sainte-Marguerite de Strasbourg.
Quant à la bibliothèque du couvent des Dominicains, nous possédons quelques renseignements qui méritent d'être consignés ici.
Au XIVe siècle, un médecin, maître Jean, offre au couvent un bon livre, bonum librum, geste qui fut apprécié à sa juste valeur puisque le nom du donateur fut inscrit parmi les bienfaiteurs de la communauté.
Jean Bucheler, lui aussi médecin, lègue au siècle suivant sa collection de livres de médecine : dedit plures libros medicinales ad librariam, alors que le plébain de Bitschwiller cède au couvent son mobilier et ses livres.
En 1439, Marguerite Höfer contribue avec 100 florins au développement de la bibliothèque, pro structura novae librariae ( Voir encore : Charles Wittmer, « Ein Büchervermächtnis des Hans Hattstatt vom 28. August 1493 an die Dominikaner zu Colmar » (Annuaire de Colmar, 1937, p. 47-62) ).
L'intérêt de la bibliothèque est défendu avec acharnement. Un don de livres ayant été fait conjointement au couvent de Colmar et au monastère de Schœnensteinbach, on se disputa vivement pour s'en assurer la propriété intégrale. On finit pourtant par s'arranger et Colmar put garder le Speculum historiale de Vincent de Beauvais, un graduel, un missel et une Vita Christi.
Au XIVe et au XVe siècle, les scriptoria des deux couvents ont connu une activité très grande. De nombreux livres liturgiques y furent écrits et ornés de riches initiales où prédomine un trait de plume tout de sûreté et d'élégance.
En dehors des manuscrits insérés dans le présent catalogue, on trouvera aux archives du Haut-Rhin un obituaire du XIIIe siècle, et de Buechner un Protocollum, seu liber memorialis, du XVIIe siècle.
Les annales et la chronique sont conservées à la bibliothèque publique de Stuttgart.
Appelés par les Bénédictins de Murbach, les Dominicains s'établirent également à Guebwiller, en 1294. L'image de Colmar se retrouve dans ce nouvel établissement. En 1312 fut posée la première pierre de l'église. La construction progressa rapidement si bien qu'en 1339 le chapitre provincial put y tenir ses assises pour l'élection du provincial, Jean de Deux-Ponts. En 1465 Pierre Por, le prieur, y introduisit la réforme de la stricte observance, en même temps qu'à la Porte-aux-Anges, petit prieuré des Dominicaines situé à la périphérie de la ville, aujourd'hui disparu.
L'église des Dominicains de Guebwiller est demeurée dans son état primitif si l'on excepte la transformation du portail principal et la construction du clocheton ( Antoine Gardner, L'église des Dominicains de Guebwiller, Guebwiller, 1960 ).
Comme à Colmar, le couvent de Guebwiller était ouvert à tous les échos du temps, et des chroniqueurs tel le frère Séraphin Dietler n'ont pas manqué de les consigner sur leurs parchemins ( Die Gebweiler Chronik des Dominikaners Fr. Seraphin Dietler, herausgegeben von Joh. v. Schlumberger, Gebweiler, 1898 ).
Pour les autres maisons religieuses de l'ancienne haute Alsace, il ne reste qu'à glaner quelques maigres épis d'une moisson qui aurait pu être fructueuse si la guerre de Trente Ans et la tempête révolutionnaire ne l'avaient anéantie.
Les Franciscains se sont établis à Kaysersberg en 1460, venant de l'ermitage de Saint-Jean, situé dans la vallée, loin de toute implantation humaine. Derrière les murs fortifiés de la cité, leur vie, toute au service de la pastorale, ne fut point troublée, si ce n'est pendant une courte durée, à l'occasion des troubles religieux, de 1560 à 1599.
Le premier manuscrit qui nous soit connu est un psautier de 1463. Une souscription lève l'anonymat de sa naissance : Istud psalterium fecit pro nobis scribi honorabilis vir Petrus Coler, civis in Kaysersberg, in remedium anime sue et uxoris defuncte, cujus anima requiescat in pace. M CCCCLXIII.
La bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg possède un Directorium archivale conventus Caesaromontani, du père Séraphin Roth, du XVIIIe siècle ( Jos. Clauss, Das alte Kaysersberg, Kaysersberg, 1902. Du même : Hist. topographisches Wörterbuch des Elsass, Zabern, 1895 ).
Plus riche fut la maison de Rouffach fondée en 1250 par des Conventuels qui, en 1435/44 passèrent aux Recollets. Le couvent fut abandonné de 1564 à 1591, mais l'éclipse n'était qu'une fausse apparence. Les Recollets revinrent, appelés par le bailli de l'évêque de Strasbourg, Eberhard de Manderscheid-Blankenheim. Encore qu'ils s'occupassent de petits couvents, telle la maison de Soultz, celles de Louppach et de Schauenberg, leur activité débordait largement la simple pastorale. Au tournant du XVe siècle, ils entretenaient une école d'où sortirent quelques hommes remarquables : Materne Berler, le chroniqueur, Conrad Wolffhart, le philologue, plus connu sous le nom de Lycosthènes, Valentin Boltz, miniaturiste et dramaturge, Sébastien Munster, le cosmographe et Conrad Pellicanus, de son vrai nom Kurschner, hébraïsant, réformateur. Ce dernier devait y enseigner en 1508.
Fidèles à la tradition, les Recollets fondèrent, en 1725, une école latine qui dispensa son enseignement jusqu'à la Révolution ( Jos. Clauss, op. cit., art. Ruffach ).
Les Franciscains de Thann occupent une place privilégiée dans l'historiographie alsacienne. Aucun de leurs manuscrits n'est cependant parvenu à la bibliothèque de Colmar.
Aux archives du Haut-Rhin est conservée la chronique latine de la maison, rédigée par le père Joachim Lang (1600-1612). Elle contient, fol. 5 vo-7, le catalogue de la bibliothèque en 1600. Aux mêmes archives on trouvera encore deux autres catalogues, l'un de la bibliothèque monastique de 1697, l'autre de la bibliothèque particulière du père Malachie Tschambser.
Ce dernier a laissé une chronique imposante, vaste compilation selon le goût de l'époque qui s'étend jusqu'au début du XVIIIe siècle, date à laquelle le travail devient personnel. Les deux premiers volumes ont été publiés(1), le troisième se trouvait chez les Bénédictins de Delle (Territoire de Belfort) qui, quittant le sol français au moment de la séparation de l'Église et de l'État, en 1905, l'ont emporté à Maria-Stein (Suisse) d'abord, puis à Bregenz (Autriche).
Il nous a été donné l'occasion de le copier, en 1930-1933, en vue d'une publication que la seconde guerre mondiale a empêchée. Nous déposerons cette copie à la bibliothèque de Colmar. Quant à l'original, il est retourné à Maria-Stein au moment du sac de l'abbaye par les nazis autrichiens, à l'occasion de « l'Anschluss ».
De la maison de Luppach, il ne subsiste que le Directorium archivale modernum practicum, de Gratus Holdt ; ce sont de véritables annales rédigées en 1763. Le manuscrit est conservé aux archives du Haut-Rhin.
Encore que notre bibliothèque ne possède aucun manuscrit provenant des Franciscains de Colmar, ce couvent, créé vers le milieu du XIIIe siècle, ne pourra être passé ici sous silence. La générosité des bourgeois, et notamment des corporations de métiers consolida ses assises. Dès 1297, le couvent comprenait quarante religieux. On leur doit une chronique allant de 1227 à 1454. Leur bibliothèque s'est enrichie en 1462 des libéralités d'un bourgeois de Colmar, Henri Schedelin qui légua aux Franciscains, entre autres biens, sa librairie, min libery. Le testament n'en a pas laissé l'énumération, mais il a été possible d'identifier une vingtaine de manuscrits et d'incunables.
La communauté fut enlevée par la peste en 1541, tant fut exemplaire la conduite des religieux au service de la population éprouvée. Il ne resta qu'un seul survivant qui, en 1543, fut autorisé par l'Ordre à vendre le couvent et à céder l'église à la ville pour y assurer l'exercice du culte selon les dispositions du magistrat(2).
L'église ne s'était ouverte que rarement. Lorsqu'en 1575 le magistrat autorisa le libre exercice du culte réformé, il céda aux protestants l'église des Franciscains avec l'ancienne librairie monastique, devenue municipale et enrichie comme telle. En effet, de nombreux volumes de cette époque portent le timbre : Bibliotheca rei publicae Colmariensis.
Dès lors, la bibliothèque s'agrandit rapidement, d'abord par les donations de quelques pasteurs, puis par l'apport des Jésuites qui, à la faveur des fortunes changeantes de la guerre de Trente Ans, purent installer une communauté : Residentia Societatis Jesu Colmariensis, de 1628 à 1632, enfin, par la donation, en 1806, de la bibliothèque de la société de lecture fondée en 1760 par le poète aveugle Pfeffel, promoteur de l'Académie militaire de Colmar.
Cette bibliothèque est restée propriété du consistoire, les biens de l'Église protestante d'Alsace n'ayant pas été frappés par le séquestre de la Révolution. Elle projette des lueurs sur l'évolution de la bourgeoisie d'une ville alsacienne : le fond franciscain, la Réforme et la Contre-Réforme, le siècle de la Raison, le protestantisme français du XIXe siècle ( H. Strohl, Le protestantisme en Alsace, Strasbourg, 1950. Du même : L'esprit républicain et démocratique dans l'Église protestante de Colmar de 1648 à 1848, Strasbourg, 1948 (Deux siècles d'Alsace française). J. Richerateau, Le rôle politique du professeur Koch, Strasbourg. 1936 ).
La bibliothèque comprend 55 manuscrits allant du XIVe siècle à 1639 — dont un grand nombre de recueils factices — 97 incunables, 1580 ouvrages du XVIe siècle. On en possède des catalogues ( Paul Bolchert, Catalogue de la Bibliothèque du Consistoire de l'Eglise de la confession d'Augsbourg à Colmar ». I-II. Manuscrits et incunables », Colmar, 1955 ». — III. Livres du XVIe siècle », Colmar, 1960 ).
Les collections de Colmar ne s'arrêtent pas à l'apport des anciennes maisons religieuses. Déjà nous avons parlé de la bibliothèque des comtes de Ribeaupierre ( Lina Baillet et A. Kimmenauer, « Recherches sur la bibliothèque des seigneurs de Ribeaupierre » (Bulletin de la Société d'histoire et d'archéologie de Ribeauvillé, 1959-1961) ). Le XVIIIe siècle est marqué par la contribution des émigrés, notamment des magistrats du Conseil souverain d'Alsace, tels les Corberon et les Bruges, dont les papiers ont fait récemment l'objet d'un catalogue élaboré par les archives départementales du Haut-Rhin ( Arch. dép. du Haut-Rhin, Inventaire de la sous-série 1 J. Collection Corberon-Bruges, dressé par Lucie Roux, sous la direction de Christian Wilsdorf ).
Au XIXe siècle, ce furent encore les gens de robe, conseillers à la Cour d'Appel de Colmar et maîtres du barreau dont les recherches d'histoire provinciale ont fortement marqué l'historiographie alsacienne ( Fritz Kiener, op. cit. ). Parmi eux émerge la forte personnalité d'Ignace Chauffour dont la collection privée, riche de 159 manuscrits et de 25 000 imprimés est entrée à la bibliothèque de la ville en 1880.
Le présent catalogue renferme les notices de l'ensemble des manuscrits conservés à la bibliothèque de Colmar.
Si ces manuscrits, faute de catalogue imprimé, ont sans doute été tenus à l'écart des investigations méthodiques des chercheurs, ils n'ont cependant pas échappé à l'attention de quelques privilégiés.
Dom de Montfaucon, qui a jalonné nos abbayes et couvents avant la Révolution, en a feuilleté un grand nombre ( Op. cit. ) ; d'autres sont signalés par Dom Ruinart, d'autres encore par Dom Gerbert ou Dom Martène ( Dom Martène, De antiguis ecclesiae ritibus libri tres..., Anvers, 1764 ).
Aux savants du xixe siècle, Gustave Hänel les signale dans ses Catalogi librorum manuscriptorum, parus à Leipzig en 1830. Mais il y a aussi Becker, Catalogi antiqui (Bonn, 1884) ; Theodore Gottlieb, Über mittelalterliche Bibliotheken (Berlin, 1890) ; Migne, Dictionnaire desmanuscrits I, 359 ; enfin Rod. Reuss, De scriptoribus rerum Alsaticarum historicis (Strasbourg, 1898).
Ils n'étaient pas seuls à révéler leur existence. Dom Pitra, le futur cardinal, qui a été l'hôte de Colmar en 1846, en parle dans son Histoire de saint Léger ; les Bénédictins de Solesmes les ont explorés pour leur Paléographie musicale, et F. Mone pour ses Hymni medii aevi. Le père de Lambillotte en a consulté un grand nombre au cours de ses recherches sur le chant sacré.
En 1898, le P.A.M.P. Ingold a publié une liste des manuscrits encore conservés en Alsace provenant des anciennes abbayes et des couvents d'hommes et de femmes ( A. M. P. Ingold, Lesmanuscrits des anciennes maisons religieuses d'Alsace, Paris, 1898 ). Sommaire sans doute, et incomplète, cette publication a néanmoins le mérite d'avoir étendu encore l'audience conquise par les manuscrits de nos dépôts publics, principalement par ceux de Colmar.
Quelques années plut tôt, en 1889, André Waltz, bibliothécaire, a publié le catalogue des manuscrits de la bibliothèque Chauffour. Ses notices, rédigées avec une minutie extrême, ont pris place ici sous une forme condensée.
Plus près de nous, le chanoine Victor Leroquais a décrit les missels, les antiphonaires et les bréviaires pour en insérer les notices dans ses publications luxueuses. Voici enfin de Charles Samaran et Robert Marichal le Catalogue desmanuscrits en écriture latine portant des indications de date, de lieu et de copiste (tome V, Est de la France, Paris, C.N.R.S., 1965) où Colmar encore est largement représenté.
Si les manuscrits de Colmar n'ont donc pas été cachés entièrement à l'érudition, une vaste bibliographie en fait foi, il manquait cependant un catalogue complet qui réponde aux exigences de la recherche scientifique. Le voici, prenant rang dans la collection des catalogues des manuscrits des bibliothèques publiques de France.
Cette venue tardive appelle des éclaircissements.
Louis Hugot, bibliothécaire de 1841 à 1864, ancien élève de l'École nationale des chartes avait dressé un catalogue, sommaire sans doute, dont il ne reste cependant plus aucune trace.
Un de ses successeurs, Georges Stoffel (1873-1880), reprit l'œuvre, mais ne put mener l'entreprise à terme. Au moment de sa mort, la moitié des manuscrits restait encore à analyser.
« Les bulletins, où il avait consigné les résultats de ses recherches, d'ailleurs savantes et consciencieuses, n'étaient à proprement parler qu'une étude préparatoire, car pour l'achèvement du catalogue définitif il restait encore beaucoup à faire, surtout au point de vue du déchiffrement des incipit et des explicit et de l'attribution des ouvrages anonymes à leurs auteurs respectifs ; mais ce sont avant tout les progrès qu'a fait depuis l'étude des manuscrits qui exigeaient un remaniement complet des matériaux laissés par Stoffel. »
Ce remaniement a été entrepris par le rédacteur des lignes que nous venons de citer, Émile Rodé, bibliothécaire-adjoint de 1895 à 1920, année de sa mort. Passionné d'histoire, et de tout ce qui touchait au passé de son Alsace natale, il s'adonna à la tâche de vérifier les textes anciens et d'en contrôler l'identification, tâche ardue, rendue plus difficile encore par l'absence de nombreux ouvrages de base.
Mobilisé pendant la première guerre mondiale, sous un uniforme qu'il détestait, il en est revenu, miné dans sa santé, désespéré de ne pas pouvoir conduire à terme un travail qui fut pour lui une jouissance intellectuelle.
C'est en quoi il devait avoir une place privilégiée au seuil de ce travail.
Je retrouve Émile Rodé dans ma mémoire, tel que je l'ai vu avant sa mort, la face burinée par la douleur, mais les yeux brillants d'un toujours vif éclat.
De longues années devaient s'écouler encore, et une nouvelle guerre ébranler le pays avant que ne fut mise en chantier la rédaction définitive de ce catalogue.
Après les grands travaux d'installation de la bibliothèque dans le nouveau bâtiment, nous avons repris le travail d'Émile Rodé, pour le contrôler et le compléter, et pour accorder les notices au cadre des catalogues des bibliothèques publiques de France. Les sources et les indications bibliographiques ont été mises à jour. En plus, nous avons analysé les manuscrits des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles qui, presque tous, se rapportent à l'histoire d'Alsace.
Ce travail a été long, parce qu'il n'a pu être entamé et poursuivi qu'en rompant périodiquement les servitudes de la vie quotidienne du bibliothécaire.
Pour hâter son achèvement, la Direction des bibliothèques de France a bien voulu nous déléguer, du 21 avril au 21 juillet 1958, M. Jean Vezin, aujourd'hui bibliothécaire au département des manuscrits de la bibliothèque nationale, qui a relu un grand nombre de notices, vérifié certaines lectures, levé l'anonymat de quelques traités. M. Vezin s'est attelé à cette besogne avec la passion éclairée du jeune chartiste. Ce fut une collaboration fructueuse qui restera gravée dans ma mémoire.
Pierre SCHMITT.
Auteur(s)
Pierre Schmitt
Commanditaire
Ministère chargé de la Culture et Ministère chargé de l'Enseignement supérieur
Éditeur
Bibliothèque nationale de France
Date de l'édition imprimée
1969
Date de la version électronique
3 février 2008
Création
Créé par conversion rétrospective de l'édition imprimée : Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques de France. Départements — Tome LVI. Colmar , Paris, Bibliothèque nationale, 1969 Numérisation et rendu en mode texte réalisés par la société AIS (Paris, France). Encodage effectué selon la DTD EAD-2002 par la société ArchProteus (Vancouver, Canada) le 3 février 2008.
Langue(s) de l'instrument de recherche
Catalogue rédigé en français
Description des révisions
10 septembre 2024
La deuxième partie a été divisée en 2 IR moins volumineux en septembre 2024. De nombreuses notices ont été enrichies en 2024.
06 novembre 2023
L'IR initial créé par conversion rétrospective a été divisé en 2 IR moins volumineux via le logiciel Oxygen par Interbibly en juillet 2023. Les documents 1 à 358 se trouvent dans la première partie. De nombreuses notices ont été enrichies en 2023.