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Lettre autographe signée à Madame Marguerite Durand, Prison de Nancy le 20 septembre 1907

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Présentation globale de la collection

Etablissement de conservation
Bibliothèque Marguerite Durand. Paris Voir tous les inventaires
Tous les inventaires
Intitulé de l'instrument de recherche Lettres autographes et manuscrits, 2 : I à Q
Cote I à Q
Titre Lettres autographes et manuscrits, 2 : I à Q
Conditions d'accès L'accès aux collections patrimoniales est soumis à une autorisation préalable.
Conditions d'utilisation Toute publication de documents inédits doit être notifiée à l'établissement.
Citer sous la forme Bibliothèque Marguerite Durand, lettres autographes et manuscrits, 2 : I à Q

Informations sur l'instrument de recherche

Auteur(s) Bibliothèque Marguerite Durand
Éditeur Bibliothèque nationale de France
Date de la version électronique 2019
Langue(s) de l'instrument de recherche Catalogue rédigé en français
Description des révisions
  • 2019
    • De nombreuses biographies ont été ajoutées en 2019 pour les personnalités les moins connues, librement inspirées du "Dictionnaire des féministes" dirigé par Christine Bard, des biographies en annexe à la thèse de Christine Bard "Les féminismes en France : vers l'intégration des femmes dans la Cité, 1914-1940", des notices des bases Data Bnf et Wikipédia et de notices de Libraires et de catalogues de ventes
Présentation du contenu
Titre Petit, Gabrielle
Biographie ou histoire 1860-1952. Féministe, militante anticléricale et libertaire. Elle collabore à La Fronde puis fonde le journal La femme affranchie. Dans ses articles et dans lors de nombreuses conférences, elle dénonce le traitement policier de la prostitution, les méfaits du militarisme (ce qui lui vaudra des procès) elle prône la limitation des naissances,défend les revendications ouvrières. Elle rejoint dans les années 30 une communauté libertaire dans le Lot.
Présentation du contenu 43 documents : 17 LAS à Marguerite Durand, 1 à Jules Uhry, 1 LAS, 2 tracts, 1 carte lettre, 3 brouillons, 5 télégrammes et 12 lettres reçues dont 11 de Jules Uhry, avocat
Description du contenu
Titre Lettres de Gabrielle Petit à Marguerite Durand et Jules Uhry
Présentation du contenu La transcription respecte l'orthographe des originaux
Catalogue général des manuscrits
Cote :  091 PET m.f. Support :  Importance matérielle :  8 pages Dimensions  Présentation du contenu : "Merci des démarches que vous faites pour moi, mon coeur y est sensible, si vous réussissez tant mieux ! si vous échouez tant pis pour eux car plus ils me garderont plus ils font de bien à la cause que je défends. Du courage, vous savez que la nature ma favorisée de ce côté et je sai raisonner mon impatience. Habituée à utiliser tous les instants, sans perdre une seconde je n'emploie pas les journées que je passe en prison à pleurer ou à gémir, j'écris, je lis, je travaille. J'ai fait un joli col au crochet et depuis 4 jours je relève les erreurs aussi malheureuses que dangereuses contenues dans un livre écrit par Jules Simon (<i><a class="ead-extref-link" target="_blank" actuate="onrequest" href="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k839495" show="new">Le livre du petit citoyen</a></i>). La bibliothèque de la prison est pauvre en livres traitant des questions sociales et d'éducation intégrale, il est vrai que la prison n'est pas l'école des hautes études : cependant on peut y apprendre si on possède le don de l'observation. Dans tous les cas si on ne m'avait mise en prison, je n'aurais pas réfuté le livre de Jules Simon, je n'aurais pas eu le temps de le lire sans doute ! Le livre de la petite citoyenne pour repondre à celui du petit citoyen aurait du être écris par une institutrice ou directrice d'école, j'aurais voulu que ce fut une femme plus lettrée qui releva les erreurs et mauvais conseils du parrain Jules au petit Jeannic, mais je finis par croire que la science officielle enlève la volonté et l'énergie et est comme une espèce de muselière en constatant l'engourdissement des diplomées, des brevetés "Elles n'ont pas su lire et comprendre La Fronde si vaillante et si courageuse". C'est donc la femme du peuple qui n'a pour tout diplôme que sont bons sens pour toute science que l'observation et l'expérience, qui donnera dans une petite brochure à La petite citoyenne ! (oubliée par M. Jules Simon) comme au petit citoyen, des conseils plus honnêtes que ceux que je relève page 79. Parlant du mariage le parrain Jules dit au petit citoyen si tu te marie sous le régime de la communauté tu seras maître des biens de ta femme, si c'est sous le régime dotal tu ne pourras pas toucher à ses immeubles qui sont inaliénable ". "Alors dit maître Jeannic je choisis le régime de la communauté. Voyez-vous mon parrain, c'est une bonne communauté que celle ou on est le maître. Oui-da ? je veux être le maître de ma femme et de mes enfants voyez-vous et il faudra que tout le monde marche droit" . L'auteur de ce livre déclare avoir plus de 60 ans, être sénateur et universitaire. Cependant si il y a quelque chose qui soit contraire à la raison et à la justice, c'est qu'un homme soit le maître de sa femme ainsi que de ses biens et de ces enfants. Un homme digne de ce nom, doit être l'ami, le camarade, le compagnon et non le maître de sa femme. Il doit être le protecteur, l'éducateur, le guide, le pilote de ses enfants et non leur maître. Voilà mon opinion. Je considère comme mauvais livre un livre de 188 pages admis dans la bibliothèque des écoles et des familles où il n'y a pas un seul mot pour la soeur de Jeannic qui doit avoir les mêmes droits que son frère ayant les mêmes besoins. Voilà pourquoi doit-on me garder en prison un peu plus longtemps. J'écrirai une brochure pour répondre au livre de Jules Simon comme j'en aie écrit une pour répondre à celle du docteur Fournier qui ne s'adressait qu'aux garçons. Et fièrement je répondrai au juge ainsi qu'aux arguments du livre de Jules Simon. Mon fils est majeur actuellement, je l'ai élevé seule, et je l'ai éduqué de façon qu'il n'accepte de remplir ses devoirs de citoyen français que quand sa mère qui a 29 ans de plus sera citoyenne et aura au moins les mêmes droits que lui. Parce que depuis ma plus petite enfance nous avons été obligées mes deux soeurs et moi de faire les mêmes travaux que mes trois frères, soigner les bêtes, conduire les chevaux, labourer la terre, semer le blé, lier les gerbes, porter sur le dos les sacs de blé et pommes de terres, etc. etc. Il y a égalité complète dans les devoirs et les travaux jusqu'à 21 ans mais à ce moment les filles sont classées ainsi que vous l'avez écris, Madame, très intelligeament, dans la catégorie des incapable, des interdits, des étrangers. Les femmes sont les égales des hommes pour balayer la rue, pour être marchandes des quatres saisons, dans les filatures, au tissage, faire les mêmes travaux mais ne pas toucher les mêmes salaires. J'ai trouvé des centaines de femmes dans les Ardennes, dans les usines métallurgiques faisant des travaux d'hommes à moitié prix. Elles ont à choisir entre cela, le trottoir, la mort par la faim. Considérant que la meilleure théorie c'est l'exemple j'ai voulu donner aux femmes l'exemple que si nous étions capables de faire les rudes travaux comme les hommes nous pourrions raisonner aussi sagement et aussi vaillamment qu'eux. Voilà pourquoi depuis un an mon fils ayant moins besoin de petits soins et de surveillance je me suis donné à cette besogne ingrate et pénible de réveiller l'apathie des femmes qui est effrayante (vous en savez quelque chose !). J'ai voulu aussi faire comprendre aux hommes qu'ils ne leur servirai de rien de capter les forces de la nature, de perfectionner le machinisme, de supprimer l'autorité des rois et des nobles tant qu'ils conserverait la moitié de l'humanité en esclavage, ils seraient les esclaves de leurs esclaves de plus en plus révoltées. Je ne crains pas de déclarer que j'ai été partout très bien comprise, puisque quand je reviens aux mêmes endroits quelques mois apprès il y a 10 fois plus de monde. Et puis j'ai souvent vue des larmes dans les yeux des vieux et des jeunes. Ce qu'il y a de certain c'est qu'il n'y a jamais eu ni bataille, ni dispute, ni désordre à aucune de mes conférences. Ceux qui m'ont fait emprisonner ont manqué de réflection et de sagesse. Ils s'en appercevront. Car je ne sortirai pas de prison criminelle mais citoyenne puisque apprès avoir fait les mêmes travaux que mes frères, j'ai maintenant comme eux mangé à la gamelle et couché sur la paillasse, puisque depuis le 3 août je mange sans fourchette et sans couteau. Et j'ai la prétention d'être supérieure à mes frères qui étaient autorisés à monté à la tribune dans les préaux d'écoles, ils n'ont jamais eu le talent ou le courage, cela m'était défendu, j'y suis monté d'autorité mais ils ont une qualité que j'apprecie, ils n'ont jamais été les maîtres de leurs femmes. C'est donc des citoyens avec qui ont peut s'entendre. Je me sens mieux portante que la semaine dernière et j'attend les évenements la conscience calme et tranquille car j'ai bien semé et peu m'importe si ce n'est pas moi qui récolte. Veuillez agréer, Madame..." Historique de la conservation :  Modalités d’acquisition :  
Cote 091 PET m.f.
Titre Lettre autographe signée à Madame Marguerite Durand, Prison de Nancy le 20 septembre 1907
Date 20 septembre 1907
Langue français
Support
Importance matérielle 8 pages
Dimensions
Présentation du contenu "Merci des démarches que vous faites pour moi, mon coeur y est sensible, si vous réussissez tant mieux ! si vous échouez tant pis pour eux car plus ils me garderont plus ils font de bien à la cause que je défends. Du courage, vous savez que la nature ma favorisée de ce côté et je sai raisonner mon impatience. Habituée à utiliser tous les instants, sans perdre une seconde je n'emploie pas les journées que je passe en prison à pleurer ou à gémir, j'écris, je lis, je travaille. J'ai fait un joli col au crochet et depuis 4 jours je relève les erreurs aussi malheureuses que dangereuses contenues dans un livre écrit par Jules Simon (<i><a class="ead-extref-link" target="_blank" actuate="onrequest" href="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k839495" show="new">Le livre du petit citoyen</a></i>). La bibliothèque de la prison est pauvre en livres traitant des questions sociales et d'éducation intégrale, il est vrai que la prison n'est pas l'école des hautes études : cependant on peut y apprendre si on possède le don de l'observation. Dans tous les cas si on ne m'avait mise en prison, je n'aurais pas réfuté le livre de Jules Simon, je n'aurais pas eu le temps de le lire sans doute ! Le livre de la petite citoyenne pour repondre à celui du petit citoyen aurait du être écris par une institutrice ou directrice d'école, j'aurais voulu que ce fut une femme plus lettrée qui releva les erreurs et mauvais conseils du parrain Jules au petit Jeannic, mais je finis par croire que la science officielle enlève la volonté et l'énergie et est comme une espèce de muselière en constatant l'engourdissement des diplomées, des brevetés "Elles n'ont pas su lire et comprendre La Fronde si vaillante et si courageuse". C'est donc la femme du peuple qui n'a pour tout diplôme que sont bons sens pour toute science que l'observation et l'expérience, qui donnera dans une petite brochure à La petite citoyenne ! (oubliée par M. Jules Simon) comme au petit citoyen, des conseils plus honnêtes que ceux que je relève page 79. Parlant du mariage le parrain Jules dit au petit citoyen si tu te marie sous le régime de la communauté tu seras maître des biens de ta femme, si c'est sous le régime dotal tu ne pourras pas toucher à ses immeubles qui sont inaliénable ". "Alors dit maître Jeannic je choisis le régime de la communauté. Voyez-vous mon parrain, c'est une bonne communauté que celle ou on est le maître. Oui-da ? je veux être le maître de ma femme et de mes enfants voyez-vous et il faudra que tout le monde marche droit" . L'auteur de ce livre déclare avoir plus de 60 ans, être sénateur et universitaire. Cependant si il y a quelque chose qui soit contraire à la raison et à la justice, c'est qu'un homme soit le maître de sa femme ainsi que de ses biens et de ces enfants. Un homme digne de ce nom, doit être l'ami, le camarade, le compagnon et non le maître de sa femme. Il doit être le protecteur, l'éducateur, le guide, le pilote de ses enfants et non leur maître. Voilà mon opinion. Je considère comme mauvais livre un livre de 188 pages admis dans la bibliothèque des écoles et des familles où il n'y a pas un seul mot pour la soeur de Jeannic qui doit avoir les mêmes droits que son frère ayant les mêmes besoins. Voilà pourquoi doit-on me garder en prison un peu plus longtemps. J'écrirai une brochure pour répondre au livre de Jules Simon comme j'en aie écrit une pour répondre à celle du docteur Fournier qui ne s'adressait qu'aux garçons. Et fièrement je répondrai au juge ainsi qu'aux arguments du livre de Jules Simon. Mon fils est majeur actuellement, je l'ai élevé seule, et je l'ai éduqué de façon qu'il n'accepte de remplir ses devoirs de citoyen français que quand sa mère qui a 29 ans de plus sera citoyenne et aura au moins les mêmes droits que lui. Parce que depuis ma plus petite enfance nous avons été obligées mes deux soeurs et moi de faire les mêmes travaux que mes trois frères, soigner les bêtes, conduire les chevaux, labourer la terre, semer le blé, lier les gerbes, porter sur le dos les sacs de blé et pommes de terres, etc. etc. Il y a égalité complète dans les devoirs et les travaux jusqu'à 21 ans mais à ce moment les filles sont classées ainsi que vous l'avez écris, Madame, très intelligeament, dans la catégorie des incapable, des interdits, des étrangers. Les femmes sont les égales des hommes pour balayer la rue, pour être marchandes des quatres saisons, dans les filatures, au tissage, faire les mêmes travaux mais ne pas toucher les mêmes salaires. J'ai trouvé des centaines de femmes dans les Ardennes, dans les usines métallurgiques faisant des travaux d'hommes à moitié prix. Elles ont à choisir entre cela, le trottoir, la mort par la faim. Considérant que la meilleure théorie c'est l'exemple j'ai voulu donner aux femmes l'exemple que si nous étions capables de faire les rudes travaux comme les hommes nous pourrions raisonner aussi sagement et aussi vaillamment qu'eux. Voilà pourquoi depuis un an mon fils ayant moins besoin de petits soins et de surveillance je me suis donné à cette besogne ingrate et pénible de réveiller l'apathie des femmes qui est effrayante (vous en savez quelque chose !). J'ai voulu aussi faire comprendre aux hommes qu'ils ne leur servirai de rien de capter les forces de la nature, de perfectionner le machinisme, de supprimer l'autorité des rois et des nobles tant qu'ils conserverait la moitié de l'humanité en esclavage, ils seraient les esclaves de leurs esclaves de plus en plus révoltées. Je ne crains pas de déclarer que j'ai été partout très bien comprise, puisque quand je reviens aux mêmes endroits quelques mois apprès il y a 10 fois plus de monde. Et puis j'ai souvent vue des larmes dans les yeux des vieux et des jeunes. Ce qu'il y a de certain c'est qu'il n'y a jamais eu ni bataille, ni dispute, ni désordre à aucune de mes conférences. Ceux qui m'ont fait emprisonner ont manqué de réflection et de sagesse. Ils s'en appercevront. Car je ne sortirai pas de prison criminelle mais citoyenne puisque apprès avoir fait les mêmes travaux que mes frères, j'ai maintenant comme eux mangé à la gamelle et couché sur la paillasse, puisque depuis le 3 août je mange sans fourchette et sans couteau. Et j'ai la prétention d'être supérieure à mes frères qui étaient autorisés à monté à la tribune dans les préaux d'écoles, ils n'ont jamais eu le talent ou le courage, cela m'était défendu, j'y suis monté d'autorité mais ils ont une qualité que j'apprecie, ils n'ont jamais été les maîtres de leurs femmes. C'est donc des citoyens avec qui ont peut s'entendre. Je me sens mieux portante que la semaine dernière et j'attend les évenements la conscience calme et tranquille car j'ai bien semé et peu m'importe si ce n'est pas moi qui récolte. Veuillez agréer, Madame..."
Historique de la conservation
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